samedi 30 juin 2007

Léna, petite fille du désert

Enfin, je reviens sur mon blog pour y éditer une des histoires que j'ai écrite en 2002. C'est l'histoire d'une petite fille prénommée Léna qui habite dans le désert et qui a un rêve, celui de voir la mer.
Je vous laisse découvrir cette histoire et n'hésitez surtout pas à me faire part de vos impressions.
Penchée au-dessus de l’unique puits du village, Léna y plonge son regard pour apercevoir l’eau. Ses yeux noirs fixent cette eau limpide et calme. Son regard est pensif. Elle tend un peu l’oreille afin d’entendre le léger clapotis que fait l’eau lorsque, animée par un souffle de vie, celle-ci vient heurter les bords en pierre du puits.

Léna est une petite fille du désert, ce désert où elle est née voilà maintenant dix ans. Elle vit dans une petite maison de terre brunie par le soleil entourée de sa famille. Ses cheveux noirs bouclés aux pointes entourent un joli visage ovale et des yeux noirs.

Tous les matins, avant de partir à l’école, Léna accompagne sa maman jusqu’au puits situé juste à l’extérieur de son village. Elles vont y puiser l’eau de la journée. C’est le seul endroit proche du village où trouver de l’eau et tous les habitants viennent ici. Chaque jour, Léna se penche au-dessus du puits pour observer et écouter l’eau. Et chaque jour, ses yeux noirs semblent chercher un être bien mystérieux et invisible, un génie dont sa grand-mère lui parle parfois.

Une bien étrange légende que celle de cette eau devenue rare dans son pays. Les anciens racontent que cette terre était autrefois riche en eau. Il y avait des arbres magnifiques, des fleurs aux senteurs subtiles et des milliers d’animaux. Cependant, à force de gaspiller l’eau, les hommes avaient vu la source se tarir. Tout était alors devenu sec et aride. Les plaines fertiles et vertes s’étaient subitement transformées en déserts. A force de prières et de supplications, l’eau était revenue mais elle était devenue rare. Sa grand-mère raconte que pour éviter, à l’avenir, tout abus, un génie habite l’eau afin de la protéger. Voilà pourquoi, désormais, pour Léna et tous les habitants du désert, l’eau est devenue précieuse et sacrée !

Léna aime tout particulièrement se rendre au puits le soir lorsque tout est calme et qu’il fait plus frais. Seule, elle ne craint pas de s’adresser au génie en ces termes :
- Génie, raconte-moi l’eau s’il te plaît.
Mais aucune réponse ne vient jamais à elle. Rien d’autre que le silence.

Léna ne comprend pas pourquoi d’autres peuples possèdent de l’eau en quantité. La maîtresse d’école en a parlé en classe. Il paraît qu’il existe des endroits où l’eau tombe du ciel et que l’on nomme pluie, des endroits où des milliards de gouttes d’eau sont réunies pour former ce que l’on nomme mer et océan. Elle a du mal à imaginer des pays comme cela. Penchée au-dessus du puits, elle songe très fort à tout ceci et, inlassablement, pose la même question au génie qui ne lui répond jamais.

Aujourd’hui, Léna, absorbée par ses rêveries, n’a fait que des bêtises. Après être rentrée de l’école, elle s’est installée sur l’un des coussins de leur modeste salle commune pour y admirer une farandole de lumière. Au-dessus de la porte d’entrée, il y a un petit vitrail dont les couleurs jaune, bleue et verte jouent avec le soleil. Quand celui-ci passe à travers le vitrail, les couleurs se reflètent sur les murs et semblent danser. Léna aime contempler ce spectacle et rêver quelques minutes avant de commencer à aider sa maman dans les tâches quotidiennes. Et aujourd’hui, Léna, restée rêveuse, a fait des bêtises en voulant bien faire. Une assiette et un verre lui ont échappé des mains et elle a renversé un vase. Que de casse ! Excédée, sa maman a fini par l’envoyer dans sa chambre en lui disant :
- Là, au moins, tu ne risques pas de faire de bêtises. Restes y jusqu’au dîner.

Mais Léna n’a pas envie de rester dans sa chambre. Elle a plutôt envie de se promener à l’extérieur de l’enceinte protectrice du village. Ce sont donc deux silhouettes silencieuses qui passent par la fenêtre encadrée d’une frise blanche. En effet, Sifia, la petite lionne que la famille a trouvée et adoptée, la suit.

Toutes les deux se faufilent à travers les rues étroites en direction de la porte principale. Une fois à l’extérieur, Léna, assise sur le sable et appuyée contre un palmier, contemple les dunes d’un air rêveur. Le soleil ne brûle plus la peau comme l’après-midi. D’ici peu, le ciel sera étoilé. Tout sera alors silence. Après quelques minutes de contemplation, et dans un soupir, Léna hausse les épaules, puis se lève :
- Tu viens, Sifia, nous rentrons à la maison avant que maman ne s’aperçoive de notre absence.

Sur le chemin du retour, Léna décide de faire un détour pour passer à proximité du puits. Une fois de plus, elle s’adresse au génie de l’eau. Elle met ses mains en porte-voix et murmure d’une petite voix :
- Génie, parles-moi de l’eau s’il te plaît.

Et soudain, elle entend une petite voix lui répondre ainsi :
- Que veux-tu savoir de l’eau petite fille ?
Surprise, Léna regarde autour d’elle cherchant qui a parlé.
- Tu ne regardes pas au bon endroit petite fille. Baisses un peu les yeux et tu m’apercevras.
Léna baisse les yeux en direction du puits et aperçoit une gouttelette d’eau perchée sur le bord de celui-ci.
- Est-ce toi qui me parle ?
- Bien sûr. Qui d’autre ?
- C’est que je suis un peu étonnée de voir qu’une goutte d’eau peut parler.
- Ce n’est pas l’eau qui parle mais moi, le génie qui l’habite.
- Ainsi, génie, tu existes vraiment.
- En doutais-tu petite fille ?
- Un peu. Je t’ai appelé tellement souvent et tu ne répondais jamais.
- C’est que tu ne m’appelais pas suffisamment fort. J’ai fort à faire tu sais. Je dois veiller à cette eau si précieuse. Et si ta voix n’est pas assez forte, je ne peux l’entendre.
Léna se sent émue. Enfin, le génie va pouvoir lui parler de l’eau. Elle qui en rêve depuis si longtemps.
- Tu voulais que je te parle de l’eau si je ne me trompe pas.
- En effet. Le peux-tu ?
- Bien sûr. Ne suis-je pas un génie ? Je peux te parler de la mer et aussi des rivières, des fleuves, des étangs, des lacs, de la pluie. De tout ce qui est aquatique.
- Mais c’est merveilleux.
- Dis-moi, as-tu beaucoup d’imagination ?
- Je crois. Pourquoi ?
- Il t’en faudra beaucoup pour arriver à imaginer ce que je vais te décrire, toi qui n’a jamais vu autre chose que l’eau du puits.
- Je t’écoute, génie.
- Eh bien, installe-toi confortablement alors.
Léna s’assoit, dos appuyé contre le puits et ferme les yeux en attendant le récit du génie.
Celui-ci lui dit :
- Maintenant, ouvres bien grand tes oreilles et laisses ton imagination s’envoler !

Après un bref moment de silence, le génie se met à parler d’une voix douce qui berce les pensées et les rêves de Léna.

- Je vais te parler de la mer. C’est probablement le plus beau des espaces aquatiques. C’est comme le désert, immense.
Imagine que les dunes du désert, au lieu d’être ocres, sont bleues. Imagine qu’elle bougent. Ce ne sont alors plus des dunes mais des vagues. C’est le nom qu’on leur donne.
La mer peut être calme, mais elle peut aussi se mettre en colère tout comme le désert lorsque le vent souffle et soulève ce sable qui aveugle et étouffe. La mer, elle, gronde et enfle. Les vagues deviennent immenses et submergent tout. Le vent hurle. Le ciel devient noir et se déchire.
Mais la mer sait aussi être douce. Lorsqu’elle est calme, c’est comme une berceuse. On dirait qu’elle murmure à l’oreille. Si tu sais l’écouter, alors tu comprends ce qu’elle dit. Mais, hélas, les hommes ne savent plus l’écouter.
Comme le désert, la mer abrite des espèces vivantes : des poissons multicolores, des mammifères et des crustacés. Il y a également une flore particulière faite de corail, d’algues, d’étoiles de mer... Tout un trésor caché sous l’eau, à des profondeurs que tu n’imagines même pas. Des légendes circulent, comme ici. L’on dit qu’une espèce particulière hante la mer : les sirènes. Ce sont des créatures mi-femme, mi-poisson. Elles envoûteraient les marins par leur chant avant de les emmener dans les profondeurs de la mer. C’est ainsi que des marins disparaissent chaque année, tout comme des hommes se perdent dans le désert.

Tout au long du récit du génie, Léna s’est laissée bercer par les mots. Dans son esprit, de nombreuses images magnifiques ont défilé à mesure que le récit du génie avançait. Lorsque la voix du génie se tait, elle ne s’en aperçoit même pas. Elle est profondément plongée dans ses rêveries. Quand elle ouvre les yeux, la gouttelette d’eau a disparu, et le génie avec. Elle se frotte les yeux et regarde autour d’elle. Il fait déjà nuit. Sifia dort paisiblement à côté d’elle. Elle la réveille et elles retournent au village à toute vitesse. S’adressant à Sifia, Léna dit :
- Vite, vite ! Il est déjà tard. Si maman s’est aperçue de mon absence, je vais me faire gronder.

De retour à la maison, Léna et Sifia repassent par la fenêtre de la chambre. Ouf, juste à temps ! Léna entend en effet sa maman l’appeler pour manger. Tout au long du repas, Léna reste silencieuse. Les images continuent à se bousculer dans sa tête. Elle n’écoute pas son papa raconter sa journée, ni ses deux frères la leur. Elle est très très loin de son village, dans un de ces pays où la mer existe. Sa maman, étonnée de voir sa petite Léna aussi silencieuse, l’observe à la dérobée. A la fin du repas, Léna aide sa maman à tout débarrasser et ranger.
N’y tenant plus, elle dit alors à sa maman :
- Maman, j’ai vu la mer. Le génie de l’eau me l’a racontée et je l’ai vue dans mes pensées.
D’abord étonnée, sa maman pense alors que sa petite Léna s’est endormie et qu’elle a rêvé.
- Oh ma petite Léna, je comprends ce que tu veux dire : tu as fait un beau rêve.
- Non maman, ce n’était pas un rêve. Le génie existe réellement et il m’a parlée. Et toutes les choses qu’il me racontait, je les voyais nettement dans ma tête.
Sa maman la regarde et lui répond d’une voix douce :
- D’accord Léna, le génie t’a parlé. Mais maintenant, il n’est plus temps de penser à tout cela mais d’aller te coucher.
Léna file dans sa chambre et enfile son pyjama tout en pensant encore à la mer. Elle se couche et quand sa maman vient lui dire bonsoir, elle lui demande :
- Dis maman, crois-tu que je pourrai voir la mer en vrai un jour ?
- Je ne sais pas. Nous habitons tellement loin. Il faudrait que tu partes vers les grandes villes du nord. Mais si tel est ton rêve et que tu le souhaites très fort, alors tu le réaliseras.

Cette nuit là, avant de s’endormir, Léna se promet de tout faire pour, un jour, quand elle sera grande, voir la mer. C’est donc avec un beau sourire dessiné sur son visage qu’elle plonge dans le sommeil d’une nuit étoilée et sereine.
Auteur : Florence Tirard
Conte déposé au Snac